Frêle esquif bravant les assauts de l'hiver Il navigue confiant vers le continent vert Essuyant encor quelque fortes gelées Sur le sombre océan des haies Et le naufragé des couleurs au regard éperdu Guette alentour, de la nouvelle saison, la venue...
Quel bonheur de pouvoir encore cheminer Dans un tel décor, raquettes aux pieds Et, sans crainte, d'offrir à ses yeux Un paysage qui ferait bien des envieux ! Peut-on oublier que le soleil brille moins fort Pour tous ceux qui, victimes du sort, Voient, impuissants, s'accumuler les nuages Et gronder sur leur tête l'orage ?
Si joli manège caché dans une haie Qui peut sembler à l'arrêt Mais qui vous emportera dans les airs Dans une ronde d'enfer Si le moteur de l'imagination N'est pas en panne d'inspiration...
Piqué sur le rameau, discret plumeau rouge Ou pendentif voyant qui au moindre souffle bouge D'un même arbre, le modeste noisetier Ce sont les porteurs de fécondité Dont la liaison ô combien improbable Donnera un fruit sec et cassable. Mais on ne voit que ces pendeloques Arborant leurs longues breloques Dans les forêts sombres de l'hiver Où rougeoie faiblement un point de lumière.
Il est des arbres qui vivront encore dans le regard De ceux qui apprécient par nature les oeuvres d'art En voilà une qui s'enracine dans le paysage Et nous livre un bien mystérieux visage Elégante façon de célébrer l'homme-tronc Au milieu de toutes ces hautes frondaisons Homme qui garde encore toute sa tête Dans ce monde agité de tempêtes...